Artisan – Siegfried a consacré sa vie au cristal – La République du Centre
Publié le 27/08/2023
Sur ses étagères, de jolies créations représentent tout le travail d’une vie, écho à un passé qui s’essouffle dans le présent. Figées dans le temps, si fines et si fragiles que l’on ose à peine les effleurer, des créations en cristal, objets d’art déco, racontent une histoire, celle façonnée par un maître artisan en taillerie sur cristaux : Siegfried Hartwig.
Son histoire commence en Transylvanie, une région roumaine. « Contrairement à tout ce qui a pu être dit, nous ne sommes pas dans le cristal depuis 300 ans. Et nous ne sommes pas du tout issus d’une famille de verriers de Bohème. La Roumanie n’est pas la Bohème », explique l’artiste. « Mon arrière-grand-père tenait un relais de poste en Roumanie. Mon grand-père était maréchal-ferrant. Mon père a appris le métier de cordonnier puis celui de tailleur sur verre. On a évacué la Roumanie après guerre à Baccarat, en Meurthe-et-Moselle, où j’ai suivi toute ma scolarité jusqu’au certificat d’études ».
Siegfried entre à l’âge de 14 ans à la cristallerie renommée de Baccarat pour y apprendre le métier de tailleur sur cristaux. Son apprentissage, c’est d’abord connaître le processus de fabrication des verres, vases et tout autre objet en cristal. Siegfried obtient son diplôme.
Il part ensuite en stage en Autriche, à la Salzburger Cristal Glass Hütte. Revenu en France, direction la verrerie Gustave Marquot, qui deviendra Royale de Champagne à Bayel (Aube). C’est là qu’il rencontrera son épouse, dont la famille est dans le cristal. Puis il sera contacté par la cristallerie Schneider qui prend ses quartiers à Lorris après avoir quitté Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). « C’est Charles Schneider qui est venu m’embaucher », confie Siegfried Hartwig.
En 1965, il passe le concours de Meilleur Ouvrier de France, pour lequel il obtient le deuxième prix. Il récidive dès 1968 et obtient finalement le titre.
Alors que la cristallerie Schneider accuse une baisse d’activité, Siegfried se lance comme tailleur sur cristal chez lui : « J’effectuais mes dix heures à l’usine en tant que chef de taillerie, puis travaillais ensuite, chez moi, pour la clientèle rencontrée dans les salons professionnels. J’ai exercé cette activité pendant 14 ans en cumulant travail à la cristallerie et atelier à la maison. À la fermeture de l’usine en 1981, j’ai continué comme artisan d’art indépendant ».
En 1983, il est contacté par la joaillerie De Beers, le numéro un mondial du diamant, pour créer un prix qui récompense les trente meilleurs joailliers créateurs du monde : « Pendant presque 17 ans, j’ai réalisé 30 trophées tous les deux ans et taillé 2.000 diamants en cristal brillant de 10 centimètres de diamètre, pour la qualification des quatre critères de qualité du diamant De Beers ».
Siegfried Hartwig a aussi travaillé à la création d’une nouvelle taille de diamant (Le Royal Crest) pour le diamantaire américain Merit Diamond Corporation à New York.
À son CV, il faut ajouter la création de gobelets à whisky (modèle cannage en cristal double) dans huit coloris ainsi que des carafes à whisky pour Christian Dior. Il a aussi réalisé un service de plus de 300 pièces pour le roi Hassan II du Maroc, et des cendriers Dunhill, célèbre marque de luxe britannique. Il a exporté tout le raffinement du savoir-faire à la française à travers le monde entier, des États-Unis à Hong Kong, Japon, Arabie saoudite, Koweït et Europe.
Un savoir-faire où la main et le cœur à l’ouvrage sont aujourd’hui remplacés par la machine.
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